Se connecter

Votre panier est vide

English | Français

On m'appelait Surprise

Roman,

On m'appelait Surprise

 — Je ne suis pas née esclave. Il s’en est fallu de très peu, mais c’est un fait, et cela change tout !

Lumina s’écarta du corps fatigué de ce mari que la colonie lui avait octroyé, ce bagnard dont la peau, couverte de tatouages, se lisait comme un livre d’images. Des six transportées expédiées en Guyane, ces pétroleuses ainsi qu’on les nommait en référence aux femmes révoltées de la Commune de Paris, elle était la dernière à s’être mariée. Il faut dire que son caractère de chien-fer que rien, et certainement pas la morgue des maîtres blancs – car République ou non, abolition ou pas, les maîtres étaient restés les maîtres – n’aurait pu faire plier, éloignait d’elle, sinon la sympathie, du moins la simple idée d’une accointance. Elle, Marie Philomène Roptus, dite Lumina Sophie, ou plus communément Surprise, n’avait jamais rompu devant personne. À bientôt trente ans, les huit dernières passées au bagne, elle était demeurée la femme-flamme qui, la torchère à la main, le plus souvent devant les hommes, avait parcouru les riches propriétés du Sud, ces insolentes habitations, pour y bouter le feu.

 

Ainsi commence le nouveau roman de José Le Moigne dans lequel il s’attache, au travers du portrait flambloyant de Lumina Sophie, la Jeanne-d’Arc créole, à magnifier le petit peuple martiniquais en lutte pour sa dignité.