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Justin Catayée et la question de l'égalité républicaine

Histoire,

Justin Catayée et la question de l'égalité républicaine

 La figure de Justin Catayée est peu connue hors de la Guyane, le pays qu’il a représenté à l’Assemblée nationale de 1958 à 1962. Sa portée dépasse pourtant les frontières de la France et des pays de l’outre-mer français, pour concerner la tragédie du rapport à l’Autre en situation de domination.

Justin Catayée a refusé l’enfermement de ses compatriotes de la Guyane dans la situation de citoyens de seconde zone. Il s’est également opposé à leur représentation dans la posture du colonisé. Il pensait que la qualité de citoyens français, qu’il proclamait avec fierté, avait vocation à ouvrir les portes de l’égalité républicaine à tous. Il dut rapidement déchanter, lorsque la proposition d’une certaine autonomie au sein de la République qu’il formula, pour sortir la Guyane de ses difficultés économiques, lui valut d’être traité en quasi-ennemi de la France, pratiquement assimilé aux nationalistes aspirant à l’indépendance.

Il avait pourtant foi au principe de l’égalité républicaine, au nom duquel il entendait marier les intérêts de la Nation et l’aspiration au développement d’un pays qu’il pensait en citoyen français. Il disparut brutalement de la scène politique guyanaise, lors de l’accident d’avion qui endeuilla les Antilles françaises et la Guyane le 22 juin 1962.

A la suite de plus d’un demi-siècle de déchirements (1956-2010) sur la question du rapport à la France, l’analyse du discours qu’il a tenu au cours des années 1960 révèle les talents d’un visionnaire, qui a compris l’identité politique de la Guyane comme l’association de l’autonomie et de l’appartenance indiscutable à la République française. L’approche qu’il en eu apparaît aujourd’hui comme la plus féconde au plus grand nombre. Lui qui n’a connu que l’incompréhension de la majorité de ses compatriotes de Guyane, qui, sous les effets de la décolonisation triomphante, se trouvèrent ligués contre un projet politique jugé bien suspect ; lui qui, sous la Présidence du général de Gaulle, n’a connu que la défiance des gouvernements, trop engagés dans les affaires africaines (guerre d’Algérie et marche vers l’indépendance des pays de l’Afrique subsaharienne), pour percevoir le trait innovant de son projet de société.